Lorsque vous parcourez la Corse intérieure, notamment sur les cartes IGN ou en sillonnant les sentiers de montagne, le mot pagliaghju apparaît régulièrement dans les toponymes. Ce terme corse désigne une construction en pierre sèche liée au monde pastoral, un abri modeste mais essentiel dans l’économie rurale d’autrefois. Comprendre ce qu’est un pagliaghju, c’est s’ouvrir à un pan de la culture insulaire, où se mêlent architecture vernaculaire, transhumance et mémoire collective. Cet article vous propose un voyage dans l’histoire et l’usage du pagliaghju, pour mieux saisir pourquoi il demeure un symbole vivant du patrimoine corse.
Comprendre ce qu’est un pagliaghju corse aujourd’hui
Avant de plonger dans l’histoire ou l’architecture, il est important de savoir précisément ce que recouvre le mot pagliaghju. Ce terme fait partie du vocabulaire agropastoral corse et renvoie à une réalité matérielle encore observable dans les paysages de l’île.
À quoi correspond exactement un pagliaghju dans le vocabulaire corse rural
Le pagliaghju désigne une petite construction en pierre sèche, généralement de dimensions modestes, qui servait à abriter les bergers lors des transhumances ou à stocker le foin et les outils nécessaires à la vie pastorale. Certaines variantes permettaient aussi de protéger le bétail, notamment les chevreaux ou les agneaux lors des périodes sensibles. Selon les vallées et les usages locaux, le pagliaghju peut revêtir des formes légèrement différentes : plan circulaire, rectangulaire ou semi-enterré selon la pente du terrain. Sa fonction reste toujours liée à l’élevage et aux déplacements saisonniers des troupeaux entre plaine et montagne.
Contrairement à une habitation permanente, le pagliaghju était utilisé temporairement, lors des périodes d’estive ou de migration pastorale. On le trouve souvent isolé dans les zones de piémont, sur les plateaux d’altitude ou en lisière de forêt. Son nom dérive du mot corse paglia, qui signifie paille, rappelant l’usage fréquent de fourrage ou de litière dans ces espaces.
Différences entre pagliaghju, bergerie, casgile et autres bâtis de montagne
Le patrimoine bâti pastoral corse est riche de plusieurs types de structures, et il est utile de les distinguer pour mieux lire le paysage et les sources historiques. Le pagliaghju est généralement de petite taille, souvent monobloc, et servait d’abri temporaire ou de stockage de foin. La bergerie, plus vaste, pouvait accueillir les bergers pendant plusieurs semaines ou mois, avec parfois une séparation entre espace de vie et espace pour les bêtes. Le casgile, quant à lui, correspond davantage à un enclos ou un abri sommaire pour les animaux, souvent constitué d’un simple muret circulaire.
| Type de bâti | Fonction principale | Taille |
|---|---|---|
| Pagliaghju | Abri temporaire, stockage de foin | Petite |
| Bergerie | Habitation pastorale saisonnière | Moyenne à grande |
| Casgile | Enclos ou abri pour animaux | Variable |
Ces nuances permettent de mieux comprendre les indications des cartes ou les récits de bergers. En randonnée, vous croiserez souvent ces différentes structures, témoins d’une organisation pastorale complexe et adaptée aux reliefs insulaires.
Origines historiques et ancrage territorial du pagliaghju

Le pagliaghju ne surgit pas de nulle part. Son apparition et sa multiplication dans le paysage corse sont étroitement liées à l’histoire économique et sociale de l’île, en particulier au développement du pastoralisme.
Comment le pagliaghju s’est imposé dans l’économie pastorale corse
À partir du Moyen Âge et surtout sous la période génoise, l’élevage ovin et caprin connaît un essor important en Corse. Les troupeaux se déplacent au rythme des saisons : montée vers les hauteurs l’été pour profiter des pâturages d’altitude, redescente en automne vers les plaines et le littoral plus clément. Cette transhumance nécessitait des infrastructures légères mais fonctionnelles, dispersées le long des parcours. Le pagliaghju répond à ce besoin : rapide à construire avec les ressources locales, il offre un abri minimal et permet de stocker le fourrage indispensable aux bêtes.
Au fil des siècles, ces petites constructions se sont multipliées, formant un maillage discret mais dense dans l’intérieur de l’île. Leur présence témoigne d’une occupation humaine ancienne, même dans des zones aujourd’hui désertées. Certaines microrégions ont conservé une forte concentration de pagliaghji, révélant l’importance qu’a pu avoir le pastoralisme dans leur économie locale.
Implantation géographique des pagliaghji entre Balagne, Castagniccia et Corse-du-Sud
Tous les territoires corses n’ont pas la même tradition pastorale, et la présence de pagliaghji varie donc sensiblement selon les régions. En Balagne, les vallées intérieures et les plateaux ont accueilli de nombreux troupeaux, favorisant la construction de pagliaghji disséminés entre oliveraies et maquis. La Castagniccia, davantage tournée vers la châtaigneraie et l’agriculture, compte moins de structures de ce type, même si certaines zones de piémont en conservent.
Dans la Corse-du-Sud, notamment dans les hautes vallées du Taravu ou du Rizzanese, les pagliaghji sont fréquents, souvent perchés sur des replats ou des crêtes ventées. Le Cap Corse, avec son relief compartimenté, présente également quelques pagliaghji dans ses zones de montagne. Cette géographie reflète les circuits de transhumance historiques et l’organisation agropastorale spécifique à chaque microrrégion.
Architecture, construction et techniques de pierre sèche du pagliaghju

Derrière l’apparence modeste d’un pagliaghju se cache un véritable savoir-faire architectural. Ces bâtisses font appel à des techniques ancestrales, transmises de génération en génération, et parfaitement adaptées aux contraintes du milieu corse.
Caractéristiques architecturales d’un pagliaghju typique et variations locales
Un pagliaghju se distingue par sa taille réduite, rarement plus de quelques mètres carrés au sol, et sa construction entièrement en pierre sèche, c’est-à-dire sans utilisation de mortier. Les murs épais assurent une bonne inertie thermique, protégeant du froid hivernal comme de la chaleur estivale. Les ouvertures sont limitées à une porte basse et parfois une petite fenêtre ou une fente pour l’aération. La toiture, souvent en dalles de pierre ou en lauze, complète la protection contre les intempéries.
Selon les zones, la forme varie : certains pagliaghji adoptent un plan circulaire avec une voûte en encorbellement, tandis que d’autres privilégient un plan rectangulaire couvert d’une charpente rudimentaire en bois et pierre. La nature de la roche disponible influence aussi l’aspect extérieur : schiste, granite ou calcaire donnent des textures et des teintes différentes. Ces variations témoignent d’une adaptation fine aux matériaux locaux et aux pratiques de chaque vallée.
Techniques de construction en pierre sèche et savoir-faire des bâtisseurs corses
Construire un pagliaghju exige une connaissance empirique de la pierre et de la statique. Chaque bloc est choisi, parfois taillé grossièrement, puis calé avec soin pour assurer la stabilité de l’ensemble. L’absence de mortier oblige à un emboîtement minutieux : les pierres se soutiennent mutuellement grâce à leur poids et à l’angle de pose. Les bâtisseurs inséraient souvent de petites cales pour compenser les irrégularités et éviter tout déséquilibre.
Ce savoir-faire, longtemps transmis oralement et par l’exemple, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Des associations et des programmes de restauration patrimoniale redécouvrent ces techniques, organisant parfois des chantiers participatifs pour former de nouveaux maçons à la pierre sèche. Ces initiatives permettent de préserver ce patrimoine fragile, menacé par l’érosion naturelle et l’abandon progressif des terres pastorales.
Pourquoi la forme du pagliaghju s’adapte si bien au climat et au relief
La morphologie du pagliaghju répond à des contraintes climatiques et topographiques précises. L’épaisseur des murs limite les variations de température à l’intérieur, créant un espace où les bergers pouvaient se reposer à l’abri du vent ou de la chaleur. La faible hauteur et l’ancrage dans le sol réduisent la prise au vent, essentielle dans les zones exposées aux rafales violentes. Souvent, le pagliaghju est adossé à un rocher ou légèrement enterré sur un côté, profitant ainsi de l’inertie thermique du sol et de la protection naturelle du relief.
Cette intelligence discrète de l’architecture vernaculaire se retrouve dans de nombreuses régions méditerranéennes, mais le pagliaghju corse possède une identité propre, marquée par la rudesse du relief et l’isolement des zones pastorales. En observant ces constructions, on comprend comment des générations de bergers ont su tirer parti des ressources immédiates pour créer des abris durables et efficaces.
Pagliaghju, patrimoine vivant, toponymie et valorisation touristique
Loin d’être un vestige figé dans le passé, le pagliaghju continue d’occuper une place significative dans la culture corse contemporaine. Il apparaît dans les cartes, les itinéraires de randonnée et les projets de valorisation patrimoniale, et participe activement à l’identité insulaire.
Pourquoi trouve-t-on autant de pagliaghji et toponymes associés sur les cartes
En consultant une carte IGN de la Corse, vous remarquerez de nombreux lieux-dits portant le nom de pagliaghju, souvent accompagné d’un qualificatif géographique ou d’un nom de famille. Ces toponymes fixent dans l’espace la mémoire des anciens bâtis pastoraux, même lorsque la construction elle-même a disparu ou n’est plus qu’un amas de pierres. Ils témoignent de l’intensité de l’occupation pastorale et de l’importance de ces lieux dans l’organisation des parcours de transhumance.
Pour les randonneurs, ces indications sont précieuses : elles signalent souvent un replat, une source ou un point de vue remarquable, et permettent de mieux comprendre l’histoire des chemins empruntés. Les pagliaghji servent ainsi de repères spatiaux et mémoriels, reliant le marcheur d’aujourd’hui aux bergers d’autrefois.
Comment approcher un pagliaghju en randonnée dans le respect des lieux
Croiser un pagliaghju en chemin est souvent un moment de découverte émouvant. Toutefois, il convient de rester prudent et respectueux. Ces constructions anciennes peuvent être fragiles, avec des pierres instables ou des toitures partiellement effondrées. Il est recommandé de ne pas grimper sur les murs, de ne pas déplacer les pierres, et de garder une distance de sécurité si la structure semble fragilisée.
Autour du pagliaghju, prenez le temps d’observer l’environnement : murets d’enclos, traces de chemins muletiers, restanques ou anciennes terrasses agricoles. Ces éléments complètent le tableau de la vie pastorale et enrichissent la compréhension du lieu. Une approche sensible et respectueuse permet de préserver ce patrimoine pour les générations futures et de maintenir le lien entre passé et présent.
En quoi le pagliaghju participe encore à l’identité et aux récits de la Corse
Pour de nombreux Corses, le pagliaghju n’est pas qu’un objet architectural. Il fait partie de l’imaginaire collectif, évoqué dans les récits familiaux, les chants polyphoniques ou les photographies anciennes. Certains projets culturels et associatifs s’attachent à restaurer ces bâtis, y voyant un symbole de résilience et d’attachement à la terre. Des initiatives éducatives, des expositions ou des circuits patrimoniaux mettent en lumière ces constructions, invitant habitants et visiteurs à redécouvrir une Corse intérieure, faite de travail patient, de montagne et de mémoire partagée.
Le pagliaghju incarne ainsi la continuité entre un passé pastoral et une Corse contemporaine soucieuse de préserver ses racines. Il rappelle que le paysage insulaire n’est pas seulement naturel, mais profondément humanisé, façonné par des siècles d’activité agropastorale. En le redécouvrant, chacun peut se reconnecter à cette histoire collective, à la fois modeste et essentielle.
Le pagliaghju demeure bien plus qu’une simple cabane en pierre. Il est le témoin d’une économie pastorale millénaire, d’un savoir-faire architectural remarquable et d’une relation intime entre les habitants de la Corse et leur territoire. Que vous soyez randonneur, amateur de patrimoine ou simplement curieux de mieux comprendre l’âme de l’île, partir à la rencontre des pagliaghji, c’est s’ouvrir à un pan essentiel de la culture corse, discret mais profondément enraciné.
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